karate

DE LA TECHNIQUE (JITSU) A LA VOIE (DO)

Cet article fait suite au précédent article que j’ai rédigé. Vous pouvez le lire ici.

Le pouvoir offensif et défensif extraordinaire du Karaté-do est bien connu. Le Karaté-do est un art qui permet de vaincre un ennemi par une attaque unique du poing ou du pied, sans avoir recours à une arme. La valeur de l’art dépend de celui qui l’utilise. S’il est utilisé pour une cause juste, alors sa valeur est grande, par contre, s’il en est fait un mauvais usage, alors il n’est pas d’art plus nuisible et malfaisant que le Karaté.

Il fut un temps ou le département de police d’Okinawa tenta d’introduire la pratique du Karaté parmi ses membres, mais le projet fût abandonné à cause des profondes inquiétudes que le danger potentiel de cet art suscita. En d’autres circonstances, les regrettés amiraux Rokuro Yashiro et Norikazu Kanna proposèrent que le personnel de la marine apprenne le Karaté, mais là encore, la crainte de le voir utiliser dans les disputes entre marins conduisit à l’abandon de cette suggestion.

L’usage immodéré de l’art du Karaté provoquerait l’inquiétude du grand public et on ne peut nier les dangers potentiels qu’il présente. Cependant, il serait regrettable que l’étude de cet art mystérieux, dont on peut être fier à juste raison, ne soit pas poursuivie sous le prétexte qu’il est trop dangereux. L’origine de ces inquiétudes est due en grande partie aux conceptions erronées d’instructeurs déficients, qui insistent de manière irréfléchie sur la pratique des techniques, plutôt que sur les aspects spirituels de la voie, et également à l’attitude erronée de ceux qui étudient le Karaté uniquement comme une technique de combat. Il y a même des cas extrêmes où les élèves sont encouragés à utiliser leur Karaté dans des bagarres.

Des inepties dangereuses telles que « Tu ne pourras jamais progresser ou améliorer tes techniques sans quelques expériences de combats réels » ou « Si tu n’es pas capable de battre Untel, alors tu ferais mieux d’abandonner l’entraînement du Karaté », sont réellement préjudiciables à la réputation du Karaté.

Cependant, ce genre de paroles ne fait que révéler le manque de jugement de ceux qui les prononcent, qui, en fait, ne connaissent rien du Karaté-do. Conçu correctement, enseigné et étudié dans le vrai esprit du Karaté-do, cet art est non seulement l’antithèse absolue d’un danger réel, mais encore, il n’admet pratiquement pas d’équivalent en tant qu’art martial (Budo) complet.

On peut vouloir développer la force de ses bras ou de ses jambes, ou, acquérir l’équilibre et la force spirituelle. En clair, on peut vouloir étudier le Karaté-do pour devenir humble.

Sensei Funakoshi
Le premier groupe de ceintures noires de maître Funakoshi

Les drogues puissantes sont dangereuses. Le poison est effrayant. Cependant, personne dans le corps médical moderne ne préconise l’abandon de ces produits. Le danger des drogues puissantes et des poisons dépend de leur usage et, lorsqu’ils sont utilisés correctement, ils peuvent être très utiles. Le Karaté-do, improprement utilisé, est certainement dangereux et pernicieux. Mais également, parce qu’il est très dangereux, le Karaté-do peut aussi être bénéfique lorsqu’il est utilisé à bon escient. Lorsqu’un malade reçoit prescription de prendre une drogue dangereuse, on doit lui faire comprendre la nature du médicament et lui enseigner comment l’utiliser correctement. De même, ceux qui veulent étudier le Karaté-do doivent être éclairés sur sa nature et instruits de son usage approprié. La compréhension correcte du Karaté et son usage approprié, constituent le Karaté-do.

Celui qui étudie avec sincérité dans cette voie (Do), et comprend l’essence du Karaté-do n’est jamais amené à prendre part à un combat. Une attaque du poing ou un coup de pied détermine la vie ou la mort. Par suite, le Karaté n’est proprement utilisé que dans ces rares occasions où l’on doit détruire l’adversaire ou être détruit soi-même. Ce genre de situation peut se présenter une fois au grand maximum dans la vie d’une personne ordinaire, en conséquence, l’occasion d’utiliser les techniques du Karaté peut se présenter de manière unique, voire jamais.

L’auteur a toujours dit à ses élèves « l’Art, ne fait pas l’Homme, l’Homme fait l’Art ».

Ceux qui étudient un art, Karaté-do inclus évidemment, ne doivent jamais oublier la culture de l’esprit et du corps. En Karaté-do, le but individuel peut être l’amélioration de la santé ou l’entraînement du corps pour son fonctionnement efficace.

On peut vouloir développer la force de ses bras ou de ses jambes, ou, acquérir l’équilibre et la force spirituelle. En clair, on peut vouloir étudier le Karaté-do pour devenir humble.

Tous ces motifs sont liés à l’auto-développement. Par contre, lorsqu’on utilise immodérément les techniques, par exemple dans un combat, pro-voquant des blessures aux autres ou à soi-même, ou, lorsqu’on appelle le déshonneur sur soi, on annule tous les mérites et les aspects bénéfiques du Karaté-do. Un tel mauvais usage résulte d’une compréhension superficielle et il est en fait auto-destructeur.

A travers l’homme, les techniques deviennent un art. Je dois répéter avec force: ne faites pas un mauvais usage des techniques de Karaté.

Le Karaté véridique, c’est-à-dire le Karaté-do, a pour but, intérieurement, d’entraîner l’esprit et de développer une conscience claire afin de nous permettre de faire face au monde en toute lucidité, tout en développant extérieurement une puissance susceptible de pouvoir vaincre de féroces bêtes sauvages.

L’esprit et la technique deviennent UN dans le véritable Karaté.

Couverture de l’édition originale de 1925

Ceux qui suivent la voie (Do) du Karaté, doivent accorder une importance capi-tale à la courtoisie.

Sans la courtoisie, l’essence du Karaté-do est perdue. La courtoisie doit être pratiquée non seulement au cours des périodes d’entraînement, mais égale-ment dans la vie quotidienne.

L’élève en Karaté doit être humble pour recevoir l’enseignement. On doit dire que toute personne présomptueuse et vaniteuse n’est pas qualifiée pour suivre la voie du Karaté.

L’élève doit toujours être sensible et réceptif aux critiques des autres ; il doit constamment pratiquer l’introspection et admettre franchement tout manque de connaissance plutôt que de prétendre connaître ce qu’il ne sait pas.

Ceux qui suivent la voie du Karaté ne doivent jamais abandonner un esprit humble et des manières courtoises.

Les individus qui aiment à se vanter d’avoir acquis de petits talents ont l’esprit étroit et ceux qui ont des connaissances limitées et prétendent être des experts sont des enfants. C’est à cause du grand nombre de faux experts en arts martiaux qui courent le monde que le public tend à ignorer les vrais ou les considère comme des brutes.

Par suite, de nombreux pratiquants sérieux des arts martiaux se trouvent gênés. Les élèves en Karaté-do doivent toujours conserver ces remarques à l’esprit.

Ceux qui suivent la voie du Karaté, doivent développer courage et force d’âme.

Ces qualités n’ont rien à voir avec les actions spectaculaires ou le développement de techniques puissantes en tant que telles. L’accent doit être mis sur le déve-loppement de l’esprit plutôt que sur celui des techniques.

Dans une période de grave crise publique, on doit avoir le courage, si cela est nécessaire pour le bien de la justice, de faire face à des millions d’adversaires (« Senman nin to iedomo ware yukan »).

Pour l’élève en Karaté-do, l’indécision est la pire des choses.

Pendant des années, j’ai humblement dédié ma vie à faire connaître autour de moi le Karaté-do. Au cours de ces nombreuses années, je me suis trouvé associé à des générations successives de camarades passionnés de Karaté. Par bonheur, ils ont compris mes vues et leur profonde humilité et leur distinction leur ont gagné l’appui enthousiaste du public.

Je crois que cet excellent résultat est un trésor que nous avons découvert ensemble à travers l’effort mutuel dans la pratique du Karaté.

Enfin, en peu de mots, ceux qui cherchent le Karaté ne doivent pas se contenter de la perfection de leurs techniques. J’espère plutôt qu’ils dédieront leur vie à la recherche du véritable Karaté-do.

Ceci parce que, la vie à travers le Karaté-do, c’est la vie elle-même, publique comme privée.

Texte extrait de Karaté-do Kyohan

Les 2 livres du maître dans leur version originale !

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